L’art de l’intrigue : techniques narratives dans les romans policiers modernes

art de l'intrigue

Publié le : 12 février 20248 mins de lecture

Tout roman policier (polar, thriller, …) devient « policier » à partir du moment où il intègre six ingrédients essentiels au bon déroulement du récit : un drame (crime, délit), une victime, une enquête permettant d’identifier un mobile, l’explication de la méthode employée et, enfin, un coupable, et ce même si les sous-genres du polar font intervenir d’autres composantes (technologie pour le technothriller, époque donnée pour le polar historique, bonne dose d’humour pour le cosy crime, etc.). En sus de ces règles basiques, les romans policiers modernes développent des techniques narratives imparables afin de retenir l’attention du lecteur et le rendre addict.

Le paratexte : entrez dans le suspense

Le paratexte, autrement dit la couverture et la quatrième de couverture, mais également l’incipit, sont les trois premières données capables de séduire comme de saisir le lecteur. Les polars modernes ne font jamais l’impasse sur le paratexte, devenu une technique narrative à part entière. L’intérêt est de provoquer une tension émotive chez le lecteur avant même qu’il ne commence sa lecture et de captiver sa curiosité, comme avec ce choix énigmatique de titre, « L’énigme de la chambre 622 » (Joël Dicker), qui donne immédiatement envie au lecteur de découvrir le drame ayant eu lieu dans cette fameuse chambre 622 (d’ailleurs, il est possible d’en savoir plus ici …). Dans le même esprit, la couverture sombre, à l’écran de smartphone brisé et les mots « 60 minutes » écrits en lettres capitales du roman « 60 minutes » (édition 10/18) de M. J. Arlidge, ne laisse aucun doute sur la teneur du récit attendant le lecteur : une course contre la montre. Le chrono du suspense est enclenché avant le début même de la lecture !

Une histoire crédible et réaliste

Avant tout, les fondamentaux des romans policiers demeurèrent la crédibilité et le réalisme. Les maîtres du genre s’attachent toujours à donner l’illusion de la réalité, en travaillant leurs personnages, les détails, les décors, les situations, mais également les dialogues, afin que tout s’imbrique parfaitement et sonne juste. C’est particulièrement vrai pour les méthodes de crime et d’enquête, notamment dans le polar historique, les auteurs se montrant soucieux de ne pas commettre d’impair sur les techniques policières d’une époque donnée, ou encore les dernières technologies utilisées par la police scientifique et la médecine légale. Ainsi, que serait Kay Scarpetta, l’héroïne fétiche, médecin légiste réputée pour son talent d’enquêtrice, de Patricia Cornwell, sans les connaissances scientifiques et médicales de son auteure ? Ou bien le héros d’Antonio Garrido qui, dans « Le lecteur de cadavres », devient le premier médecin légiste de tous les temps (dans la Chine impériale du XIIIe siècle), sans les recherches fouillées de son auteur ?

Une atmosphère particulière

L’autre technique narrative primordiale dans le polar moderne, c’est la mise en place d’un cadre spatio-temporel propre au récit et savamment documenté selon le cas. Le décor et l’époque deviennent des éléments clefs de l’intrigue en plongeant le lecteur dans une ambiance particulière souvent inquiétante, déroutante et captivante. Ce peut être une ville, comme Los Angeles, de Michael Connelly, dans « Les Ténèbres de la Nuit », Venise, dans « Le Don du mensonge », de Donna Leon, une région, comme celle des réserves africaines dans « Okavango » (Caryl Férey), ou encore un pays, telles la Suède et la Norvège chez les auteurs nordiques (Camilla Läckberg, Camilla Grebe, Viveca Sten, etc.).

Des intrigues solides et complexes

L’enquête et le(s) crime(s) demeurent, évidemment, l’essence même des livres policiers. Autant dire que mettre en place une intrigue subtile est tout un art. Les auteurs contemporains soignent leurs intrigues, leurs actions et les rebondissements qui vont avec, et ce jusqu’à la révélation finale, par le biais d’un subtil jeu d’indices cachés dans le texte et de fausses-pistes. Souvent, ils rajoutent une intrigue dans l’intrigue afin de renforcer la complexité du récit, comme dans toute une pléthore de romans policiers à retrouver sur decitre.fr. Le but est de garder l’intérêt du lecteur intact jusqu’au final, en dosant judicieusement l’information et en dissimulant la révélation principale jusqu’au dénouement.

Un suspense insoutenable

L’une des techniques narratives du polar afin de littéralement scotcher le lecteur au texte, c’est d’employer le fameux procédé du cliffhanger. Ce terme anglo-saxon désigne une stratégie narrative consistant à introduire une rupture dans le récit, et ce au moment même où le suspense est à son comble (mise en danger d’un personnage, découverte modifiant la perspective de l’intrigue, personnage jouant un double-jeu dévoilé, …). Ainsi, le lecteur est maintenu en haleine par un élément nouveau. Souvent le cliffhanger se place en fin de chapitre, mais également de roman, comme dans « Le Passager sans visage » de Nicolas Beuglet, où un personnage réapparaît brutalement à la fin du roman afin de faire une révélation. Et, bien sûr, pour connaître le fin mot de l’histoire, le lecteur doit se plonger dans le tome 3 ! Il est tout aussi crucial d’écrire un roman policier au rythme resserré, d’après la maxime d’un des maîtres du thriller, Stephen King, qui recommande de couper et raccourcir les passages ralentissant le rythme, et notamment les descriptions, si du moins elles sont inutiles à l’intrigue. Cette technique est également connue sous le nom de « fusil de Tchekhov ». Cet écrivain conseillait aux jeunes auteurs de supprimer dans un roman tout ce qui n’était pas pertinent à l’histoire, rappelant que le juste milieu entre récit immersif et dynamique se situe dans l’art de décrire le contexte en mouvement, tout en gardant les personnages en action.

Des personnages accrocheurs

Tout comme les intrigues, les personnages sont cruciaux dans les livres policiers. Les auteurs contemporains de polars les ont donc rendu denses, accrocheurs et complexes pour que le lecteur puisse avoir envie de les découvrir, voire de les suivre sur plusieurs tomes lorsqu’il s’agit de personnages récurrents, comme celui de l’enquêtrice Agatha Raisin, qui, dans « Le diable au corps » (M-C Beaton), revient pour la… 33ème fois ! Autant dire qu’il vaut mieux que sa personnalité soit marquante, voire charismatique. Les héros troubles, avec un passé marquant, parfois douloureux, sont fréquents dans le roman policier moderne : ils affrontent souvent un conflit interne en sus de la résolution de l’enquête. Les auteurs procèdent de même avec les antagonistes, ainsi que les victimes : tout l’art de l’intrigue est de les rendre intéressants en explorant leurs failles et leur passé, rendant la fin du récit d’autant plus poignant.

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